Quand j'étais enfant je n'ai pu aller à l'école que pendant 6 mois, ensuite j'ai dû m'occuper des animaux et travailler à la ferme de notre village. A 15 ans je suis entrée au couvent de Garu pour apprendre le Bouddhisme. Cependant, la plupart du temps, je devais participer aux constructions de routes et aux réparations du couvent. La route qui mène du couvent à la région de Nangra Shang, a été entièrement construite par les nonnes de notre couvent.
A part une petite enclave, notre couvent a été entièrement détruit par les Chinois. Le 24 mai 1994, vers 3 heures de l'après midi, j'ai quitté le couvent pour aller à Lhassa avec 4 autres nonnes, Phuntsok Pema, Dekyi Nyima, Lobsang Drolma et Yeshi Yangha. Nous sommes arrivées à Lhassa le lendemain vers 10h. En atteignant le Bharkor, près du temple de Jokhang, nous avons commencé à scander "Liberté au Tibet, longue vie à Sa Sainteté le Dalai Lama, les Chinois hors du Tibet, nous avons besoin des Droits de l'Homme au Tibet".
Après un quart d'heure de manifestation, nous avons toutes été arrêtées, chacune par 4 à 8 policiers. Puis, nous avons été sévèrement battues et emmenées à la prison locale de Barkhor. En arrivant au poste de police nous avons été lapidées et frappées avec des bâtons électriques pour le bétail pendant une demi-heure. Le visage de mon amie, Dekyi Nyima, était enflé et elle ne pouvait plus marcher normalement. Elle s'est évanouie quand nous sommes sorties du poste de police. Ensuite, nous avons été transportées au centre de détention de Gutsa dans un camion sombre. A Gutsa, nous avons été incarcérées dans des cellules séparées de l'unité des femmes. Les fonctionnaires nous ont confisqués tous nos objets personnels et nous n'avions même pas de couverture pour nous protéger de la nuit froide.
Des le lendemain, ils ont commencé à nous interroger. Ils nous ont surtout questionnées sur nos opinions sur les lois chinoises, au sujet de nos amies au couvent et ils voulaient savoir comment et par qui nous avions été encouragées à mettre sur pied cette manifestation. Surtout, ils nous ont dit que nous ne pouvions obtenir la liberté en criant "Liberté au Tibet". Si nous reconnaissions notre culpabilité, alors nous serions libérées. Mais nous avons refusé leurs demandes. C'est la raison pour laquelle, Dekyi Nyima, Yeshi Yangha et moi-même avons été condamnées à 5 ans de prison.
Pendant notre séjour à Gutsa, ils ont prélevé le sang de 13 nonnes dont je faisais partie, pour rembourser les repas que nous avions pris. A la suite de ce prélèvement nous avons ressenti un étourdissement et nous nous sommes évanouies.
Nous n'avions pas suffisamment de nourriture en prison. Nous recevions un petit pain cuit à la vapeur au petit déjeuner, un peu de riz à midi et un autre petit pain pour le dîner. Nous avons été transférées à la prison de Drapchi au bout de 6 mois.
A Drapchi, dès le deuxième jour, nous étions forcées à rester debout pendant de longues heures avec des livres sur la tête. Nous étions sévèrement battues si un livre tombait. Nous devions aussi filer la laine, faire des exercices et nous étions forcées à participer à des compétitions sportives organisées en prison. A cause des exercices intensifs, nous usions 3 paires de chaussures par mois. Les prisonniers avaient des chaussures tellement usées qu'ils souffraient de nombreuses blessures aux jambes.
Dès la première semaine, les fonctionnaires de la prison ont commencé à nous donner une éducation politique, c'était surtout un lavage de cerveau pour nous endoctriner à une politique pro-communiste. Mais tous les prisonniers ont protesté et déclaré à l'unanimité qu'ils ne changeraient jamais d'attitude et qu'ils travailleraient dur en fonction des règlements de la prison.
Après avoir passé 4 ans et 6 mois à la prison de Drapchi, j'ai finalement été libérée le 25 mai 1999. J'ai été remise aux fonctionnaires du chef lieu de Lhumdrub à condition de ne pas quitter la région sans l'autorisation des fonctionnaires. Aussi, je me suis évadée de Lhassa, en l'an 2000, le 16eme jour du 1er mois du calendrier tibétain.
Transmis par Gu Chu Sum, association des anciens prisonniers tibétains, Dharamsala, Inde |