Enfant, j'aidais mes parents sur notre ferme. A 16 ans, je suis entrée au couvent de Shar Bumpo où j'ai appris les Ecritures. Pendant mon séjour au couvent, je passais la plus grande partie de mon temps à rénover des stupas, qui avaient été détruits par les Chinois en 1959.
Le 25 février 1995, les Vénérables Dhamchoe Dolma, Namdhol Lhamo, Phuntsok Karchoe, Lobsang Tsomo, Choekyi, Penpa Lhakyi, Tenzin Dolma et moi-même avons manifesté contre le gouvernement chinois le long du Barkor à Lhassa. Nous avons scandé des slogans réclamant la liberté au Tibet, les Droits de l'Homme au Tibet, le départ des chinois du Tibet et aussi pour souhaiter longue vie au Dalai Lama. Nous avons défilé de Dongchen à Sunchog Rawa le long du Barkor. La police chinoise, en uniforme et en civil, nous a enfermées au poste de police de Barkor où nous avons été torturées pendant une heure. Ils nous ont agressées avec des bâtons électriques pour le bétail, donné des coups de pied et battues. Puis, nous avons été emmenées au centre de détention de Gutsa, dans un véhicule sombre. Dans ce véhicule, nous avons à nouveau scandé des slogans contre les chinois, ce qui a irrité les gardiens chinois. Ils nous ont enlevé nos écharpes et s'en sont servis pour nous bander les yeux. Ils nous ont alors agressées de nouveau.
Quand nous sommes arrivées à Gutsa, nous avons été interrogées chacune notre tour et les fonctionnaires nous ont demandés ce que nous pensions de la politique du gouvernement chinois et ils ont aussi essayé de nous faire avouer nos fautes. Mais comme nous ne répondions pas à leurs attentes, nous avons été battues. A la suite de ces coups, Lobsang Tsomo, une de nos nonnes, a souffert d'atteintes pulmonaires. Avant d'être transférées à la prison de Drapchi, ils ont prélevé 8 flacons de notre sang. A la suite de cela nous avons ressenti un étourdissement et avons presque perdu connaissance. Les fonctionnaires chinois ont déclaré que c'était le paiement des repas pris à Gutsa.
Namdo Lhamo et Dhamchoe Dolma ont été condamnées à 6 ans de prison. Les six autres, à 4 ans d'emprisonnement. Nous avons toutes été transférées à la prison de Drapchi.
Nous étions obligées de rester debout, en plein soleil, et de faire des exercices de genre militaire pendant des heures. Nous devions porter un bol d'eau sur la tête tout en maintenant des journaux entre nos genoux et sous nos bras. Si quelque chose tombait nous étions battues, à de coups de pied et de bâton électrique pour les animaux. Nous devions aussi enlever nos chaussures et rester debout sur le sol arrosé d'eau froide. La Vénérable Dorjee Youdon, originaire de la région de Nyenmo, a commis une erreur lors d'un exercice et elle a reçu des coups de pied dans l'estomac. Au lieu de recevoir un traitement médical adéquat, elle a été enfermée dans sa cellule.
A ma libération, il m'a été interdit de retourner dans mon couvent et je ne fut pas autorisée à faire de pèlerinage. Même si je voulais aller en visite à Lhassa, je devrais obtenir l'autorisation du chef du comté de Lhundrub. Comme je ne pouvais plus supporter ces atteintes à ma liberté, j'ai quitté mes parents et ma famille, je suis partie à pied pour l'Inde le 16 janvier 2000, je suis finalement arrivée à Dharamsala le 5 avril 2000.
Transmis par Gu Chu Sum, association des anciens prisonniers tibétains, Dharamsala, Inde |